GENERALITES SUR LES DIFFLUENCES

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Rappelons que l'on appelle diffluence le flot de glace qui, empruntant un point bas d'une des rives d'un glacier - un col, par exemple - se déverse dans une vallée voisine.
Ne pas confondre avec une défluence, terme utilisé dans l'étude des réseaux fluviaux pour désigner une bifucation de riviére, telle celle du Petit et du Grand Rhône à leur arrivée en Camargue.

Plusieurs cas peuvent se présenter :



Lorsque la vallée dans laquelle se déverse la diffluence est libre de glaces (A), le glacier diffluent vient y finir sa course, présentant alors toutes les caractéristiques d'un appareil autonome ( moraines latérales, vallum terminal, etc ).
C'est le cas du glacier würmien de la Romanche diffluant, au dessus de Laffrey, vers la Mateysine.

Deuxiéme cas, celui d'un appareil qui, à la faveur d'un coude prononcé de sa vallée, reçoit une partie des glaces de son cours supérieur, court-circuitant ledit coude (B). Il en était ainsi de la diffluence du glacier rissien de l'Isère, passant sur Montaud.
Dernier cas rencontré, celui où chaque vallée posséde son propre appareil et où les deux flots de glace se rejoignent (cas C, celui, par exemple, des glaces duranciennes, empruntant le seuil Bayard pour rejoindre le glacier du Drac).



Les diffluences interessent principalement les couches supérieures du glacier ; elles n'ont donc exercé leur action que lors des maximums glaciaires, lorsque la surface de la glace dépassait sensiblement le niveau du col. De plus, le débit de glace était limité, moins important que celui de l'appareil principal.
Leur étude se révéle toutefois particuliérement intéressante.
Aucun cours d'eau n'a en effet succédé aux glaces après leur disparition. Les formes glaciaires - qu'elles soient d'érosion ou de dépôt - ont donc conservé leur fraîcheur, contrairement à celles des vallées, souvent oblitérées par l'érosion fluviale, les érosions de versant postglaciaires et les apports d'alluvions.



Les formes léguées par ces anciennes diffluences fournissent une indication supplémentaire, particulièrement intéressante, celle du sens de circulation des glaces.
Les diffluences présentent en effet généralement un profil en long dissymétrique : la pente est plus soutenue du coté amont du flot de glace qui les parcourait que sur le versant aval.



Le col de la Croix Haute, la Mateysine en fournissent de bons exemples, ou encore le col de Moissière (Hautes-Alpes), parcouru par une diffluence du glacier rissien de la Durance.

La différence des pentes sur les deux versants du col est bien visible sur cette photo.




La plupart des grands cols carrossables des Alpes sont d'anciennes diffluences : cols Bayard, de la Croix Haute, des Montets, du Montgenèvre, Megève, etc.
Certaines diffluences importantes ont même pu décaper leur vallée jusqu'au socle de roches primaires ( Megève )


LES DIFFLUENCES DU SEUIL BAYARD
Voici un croquis représentant la diffluence du glacier de la Durance au-dessus du Seuil Bayard, pendant le Würm.
Le glacier diffluent rejoignait celui du Drac, emportant au passage le petit appareil de la Rouanne.
La belle moraine de Coste Longue n'a pu se déposer qu'après le début du recul des glaces.
Le phènomène était encore plus marqué au Riss et le glacier du Drac, grossi de le diffluence durancienne, rejoignait celui de l'Isère à Grenoble.
Plus amples détails à la page Le glacier du Drac


LA DIFFLUENCE WÜRMIENNE DE LAFFREY

Les lacs bien connus de Laffrey se situent entre les moraines des stades würmiens de retrait du glacier de la Romanche diffluant au-dessus du rebord de la vallée de la Romanche (plus de détails sur la page les lacs glaciaires).
La moraine qui porte le village de Pierre-Châtel marque l'avancée extrême de la diffluence wûrmienne dans la Mateysine et son altitude est 956 m.
L'application de la formule théorique conduirait à une cote de surface du glacier de 1350 m sur le rebord de la vallée de la Romanche, en réalité un peu plus, compte tenu de la largeur relativement faible (2 km) de la Mateysine.
Ce résultat est bien compatible avec l'altitude des sillons rocheux des Rochers du Chatelard (1400 m), un plus en amont.
Elle est également compatible avec la diffluence du col Luitel - altitude du col 1253 m - de l'autre coté de la vallée.



LE CAS DU COL D'ORNON

Le col d'Ornon (Isère), paraît faire exception à la régle énoncée plus haut, selon laquelle les versants amont et aval d'une diffluence présentent des pentes différentes. Ici, sous le remplissage des alluvions postglaciaires, les deux versants du col sont sensiblement symétriques.
Ceci nous semble dû au fait que le sens d'écoulement des glaces variait, selon nous, avec les glaciations.
Il est connu en effet que, durant le Würm, le col était parcouru, du nord vers le sud, par une diffluence du glacier de la Romanche en direction du Drac.
Au Riss, l'étude des sites caractéristiques des environs nous amène à penser que la diffluence, alimentée au passage par le glacier du Rochail, devait, au contraire, s'écouler en sens inverse, du versant Drac vers la Romanche.
Sur cette lancée, on peut estimer probable que l'écoulement des glaces se faisait dans le sens Romanche-Drac au pléniglaciaire des grandes glaciations et en sens inverse au début et à la fin de chaque glaciation ainsi qu'au pléniglaciaire des moins importantes, au Würm par exemple.
De ces deux écoulements en sens inverse résulte le profil en long symétrique des deux versants du col.

Plus de détails à la page Drac

La photo montre le versant Romanche du col.



LES DIFFLUENCES DE SAINT-NIZIER-DU-MOUCHEROTTE
ET DE MONTAUD

Enfin, les diffluences de Saint-Nizier-du-Moucherotte et de Montaud, toutes deux situées dans la partie inférieure du glacier de l'Isère, méritent une présentation détaillée, car elles présentent un intérêt supplémentaire : leur étude permet - une fois n'est pas coutume - de distinguer clairement les actions des glaciers würmien et rissien.

Nous renverrons le lecteur particuliérement intéressé aux pages
Les diffluences de Saint-Nizier-du-Moucherotte et
Les diffluences de Montaud




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